Sophia

 fille et loup

 

Il était une fois une petite fille qui vivait en Russie avec sa mère et son père dans une petite maison en bois à la lisière d’une grande forêt. Elle s’appelait Sophia et avait huit ans.

Tous trois vivaient simplement, loin du village qui se trouvait à des kilomètres de là.

C’était un choix de son père qui au prix de nombreuses guerres menées dans l’armée pour le tsar, avait pris la décision de s’éloigner un peu de la civilisation.

Sophia était heureuse. Ses parents lui apprenaient beaucoup avec la patience de l’amour, et la choyaient.

 

Un jour d’octobre, des soldats vinrent chercher son père pour l’emmener aider au commandement de nouvelles troupes. Il n’eut pas le choix et ce fut les cœurs brisés que la famille dut encore se séparer. Les pas lancés dans la fine poudreuse naissante, son père promit à Sophia qu’il serait là pour Noël.

 

Sophia resta seule avec sa mère. La bonne femme faisait du mieux qu’elle pouvait pour maintenir la maison en état, apporter le souper quotidien. Elle se débrouillait bien mais le temps consacré à sa petite fille était infime et la besogne ne laissait guère de place aux sourires jadis omniprésents sur son visage.

Sophia s’ennuyait, son père lui manquait. Elle montrait bonne figure devant sa mère car elle ne voulait l’importuner mais c’était un fait, elle se laissait aller de plus en plus au vague à l’âme. Elle commençait même à maigrir et passait ses journées à errer, l’âme en peine, dans la forêt, à épier les animaux et ramasser des branches mortes.

Le soir, elle regardait par la petite fenêtre de sa chambrette. Elle scrutait le ciel à la recherche d’un signe et formulait alors le souhait de ne plus être seule et de trouver des compagnons.

 

Le réveillon approcha rapidement et son père ne revint pas. Sophia désespérait même de le revoir un jour. A minuit pile, sa mère alluma une petite bougie émettant le souhait que son mari soit en vie et en bonne santé, les larmes coulaient sur son visage. Sophia n’y tenait plus. Elle se retrouva à sa petite fenêtre et pleura à son tour. Elle ne s’était jamais sentie aussi seule et pensait qu’il devait en être pareil pour son père. A ce moment là, une étoile filante traversa le ciel et Sophia resta émerveillée. Elle émit alors le souhait que son père aille bien et rentre vite. Une deuxième passa sur la même trajectoire et elle n’en crut pas ses yeux. Elle formula alors le souhait qu’elle faisait déjà chaque soir depuis un long moment : celui de ne plus se sentir seule. Et elle s’endormit, le cœur un peu plus chaud, en rêvant de son père.

 

Le lendemain, jour de Noël, sa mère voulut qu’elles aillent à la messe. L’absence dura toute une partie de la journée. Au retour Sophia demanda à aller se promener un peu et sa mère lui ordonna de ne pas trop tarder car le jour s’en allait.

Dans la forêt, elle vaquait encore à ses occupations journalières tout en fredonnant un petit cantique qui lui avait plu durant la messe. Elle entendit alors une chose incroyable :

– Pssttt !

Elle s’arrêta net.

– Pssttt !

Elle chercha partout, tournant sur elle-même, leva les yeux au ciel, puis haussant les épaules et continua à avancer.

Soudain, un petit écureuil blanc se planta dans la neige, devant elle.

– Dis, tu es sourde ou quoi ?

Sophia poussa alors un cri et se mit à courir en direction de la maison. L’écureuil ne la suivit pas. Elle s’arrêta au bout de quelques secondes en repensant à son vœu. Peut-être avait-il finalement pris vie. Sophia se retourna, de toute façon pourquoi aurait-elle peur d’un écureuil, même causant ? Finalement la curiosité était plus forte et elle revint sur ses pas.

L’écureuil était toujours là, les bras sur la taille, l’air perplexe.

– Je m’appelle Frippo et toi ?

Sophia lui répondit d’une tout petite voix. Ils se demandèrent pourquoi ils arrivaient à communiquer mais ne s’attendirent à aucune réponse logique alors ils se mirent à converser comme de vieux amis. Sophia riait devant les pirouettes de son nouvel ami et lui racontait de petites blagues. Ils dévoilèrent chacun leur quotidien. Le temps passa très vite et Sophia se rendit compte que la nuit était tombée. Sa mère allait terriblement s’inquiéter. Frippo raccompagna la jeune fille qui lui expliqua l’absence de son père.

Le petit écureuil se prit d’affection pour elle et lui promit de venir la voir tous les jours. Ce soir là, Sophia se fit disputer par sa mère mais elle ne pleura pas et garda son secret. Elle alla se coucher l’air joyeux et pensait déjà au lendemain.

 

Chaque jour, Frippo revenait passer du temps avec la petite fille. De temps en temps, il amenait un ami à quatre pattes. C’est ainsi que Sophia connut Gabin le lapin blanc, Pipeau le blaireau, Huguette la chouette et son ami Gripou le Hibou.

Petit à petit, la forêt devenait sa deuxième maison et les animaux, sa deuxième famille. Ils lui demandaient de l’aide et elle s’exécutait volontiers. Une écharde à enlever, une boulette restée coincée dans la gorge… En échange, ils lui apportaient des fruits secs, des champignons, des tas de bois en cadeaux. Elle était si heureuse qu’elle en oubliait presque sa peine. Sa mère se posait même des questions sur sa santé mentale et lui consacrait plus de temps. A vrai dire c’était surtout ses sourires et sa bonne humeur qu’elle recherchait. Un bonheur communicatif.

Le temps passa et l’été arriva petit à petit avec son lot de journées plus douces.

 

Une nuit, Frippo cogna à sa fenêtre. Sophia, très surprise, sortit.

– Il faut que tu viennes avec moi ! Alpharon est blessé ! Vite !

Sophia ne comprenait rien. En plus, elle n’avait jamais entendu parler de cet Alpharon. Mais elle ne pouvait pas laisser l’ami de son ami sans aide. Elle suivit Frippo un long moment. Heureusement que la Lune était pleine et qu’elle pouvait y voir car ils s’enfoncèrent plus profondément dans la forêt.

Elle faillit fuir en voyant ce qui l’attendait. Une meute de loup se tenait devant elle, grognant, hurlant et lui criant de partir. Frippo se tint devant eux et leur dit qu’elle pourrait aider leur chef. Ils reculèrent alors, toujours sur leur garde pour la laisser passer.

Elle s’approcha et vit du sang sur les feuilles qui entourait la bête couchée sur le côté. Elle tremblait de tout son corps et ne savait pas quoi faire. Le loup la rassura ;

– Bonjour petite fille, n’aies pas peur, je ne les laisserais pas te toucher. Frippo m’a dit que tu comprenais le langage des animaux et que tu allais m’aider.

– Que s’est-il passé ? demanda-t-elle d’une voix chevrotante.

– Un chasseur…

Ces seuls mots suffisaient à Sophia pour comprendre. Le loup avait des plombs plantés sur le derrière et le flanc gauche. Elle passa la nuit à les lui ôter délicatement, heureusement qu’ils n’étaient pas entrés trop profondément. Le loup la laissa faire. Puis, restant allongé, la pria de partir car dorénavant elle ne pouvait plus rien pour lui, qu’il fallait laisser faire la nature.

Sophia s’éxécuta et rentra chez elle, subissant la punition la plus terrible ; elle n’avait plus le droit de retourner dans la forêt avant un long moment.

 

Durant de longs jours, elle attendit. Elle s’ennuyait de nouveau et se remit à maigrir ; pas de nouvelles de Frippo ni d’Alpharon. Les nouvelles de son père n’étaient pas bonnes non plus. Il avait été blessé lors d’un combat et restait introuvable. La guerre était pourtant finie mais personne ne savait où il pouvait se trouver, aucun corps n’avait été retrouvé.

 

Un soir, à la fenêtre le nez sur les étoiles, Sophia se laissa aller au désespoir et pleura à chaudes larmes. Sa mère ne pouvait pas la laisser si triste avec tout ce qu’elle subissait. Elle lui permit de retourner dans la forêt mais cela ne l’apaisa pas.

Son père n’était probablement plus et elle ne le supportait pas.

Ce même soir, de l’autre côté de la fenêtre apparut une ombre. Sophia faillit hurler reconnaissant une masse canine mais se mit la main sur la bouche et se ressaisit : c’était Alpharon. Il était vivant. Elle sortit, peu rassurée maintenant qu’il semblait en pleine forme.

Il la remercia et lui demanda ce qu’il pouvait faire pour la remercier.

Elle lui répondit que rien ne pourrait lui faire plaisir dorénavant car tout ce qu’elle souhaitait était le retour de son père, sain et sauf.

Elle lui raconta son départ pour la guerre, sa disparition. Le loup lui demanda la direction du lieu des batailles et Sophia lui indiqua une étoile que lui avait montrée sa mère un soir où elles discutaient au bord de la fenêtre.

– Je ne te promets rien petit fille, lui dit le loup. Mais je vais essayer d’avoir de ses nouvelles.

Sophia pleura et remercia le loup de la main qu’il lui tendait.

 

Le temps passa, Sophia n’allait plus dans la forêt. Frippo et ses amis avaient beau tenté de la faire sourire, de l’appeler. Elle restait dans sa chambre puis finit par tomber malade. L’hiver revint et Sophia s’affaiblissait. Elle continuait pourtant de regarder par la fenêtre le soir. Un nouveau Noël approchait et elle ne pouvait supporter l’idée qu’une étoile avait exaucé son vœu et pas l’autre. Elle ne pourrait pas passer un autre Noël sans son père.

Sa mère s’inquiétait beaucoup pour sa fille et avait tout arrêter pour rester auprès d’elle.

Sophia n’avait pas de nouvelles d’Alpharon et à vrai dire, pensait qu’elle n’en aurait jamais. Son père était mort, point final.

Au réveillon, c’est avec une forte fièvre que Sophia entendit frapper à la porte. Elle n’avait pas la force de se lever avec sa mère pour aller voir qui était là si tard.

De son petit lit, elle entendit sa mère pousser un long cri et pleurer, criant que ce n’était pas possible. Elle pensait que c’était l’annonce officielle de la mort de son père. Son cœur se mit à battre très fort dans sa toute petite poitrine. Mais quand la porte s’ouvrit, ce n’était pas sa mère qu’elle vit. C’était son père. Boitant, blessé, avec une longue barbe. Son père. Elle n’en crut pas ses yeux et se leva, se mit fébrilement debout sur ses jambes et se jeta dans ses bras pour pleurer.

 

Il leur raconta qu’il était seul et perdu dans une grande forêt. Il pensait qu’il allait mourir et s’était allongé quand un loup vint le renifler. Il eut très peur de se faire dévorer mais le loup le tira par la manche puis lui fit signe de le suivre. Il l’amena au premier village et disparut. Les villageois l’avaient recueilli à bout de force, l’avaient soigner et amener à leur tour au Tsar qui lui avait alors juré qu’il avait fait assez pour le pays et qu’il lui accordait une retraite bien méritée. Il ne partirait plus.

Toute la nuit, ils pleurèrent de joie. Sophia remercia l’étoile et Alpharon.

 

Le lendemain, comme par miracle elle retrouva très vite ses forces et voulut sortir malgré l’opposition de ses parents.

Ils l’accompagnèrent dehors et prirent peur. Des loups et autres animaux étaient devant la maison. La mère cria mais le père reconnaissant son sauveur la pria de se calmer.

Sophia s’approcha et caressa le loup qui se laissa faire.

– Merci ! chuchota-t-elle à son oreille.

Le loup ne répondit pas. Tous les animaux la saluèrent et partirent. Frippo resta un moment avec elle puis lui dit au revoir de la patte.

En ce jour de Noël, Sophia avait retrouvé son père et ne parlait plus aux animaux mais elle était heureuse.

Depuis, tous les jours elle retournait voir ses amis et continuait à les aider dans un silence joyeux partagé et vécut toute son enfance dans un foyer rempli d’amour.

 

Dodo ©

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La jeune fille et le loup blanc

loup blanc

Il y a des amours ou des amitiés légèrement envahissantes…

Il était une fois une jeune fille qui vivait seule dans une grotte. Elle s’appelait Amélia.

Amélia était douce et gentille. Elle aimait la solitude et cultiver son petit jardin secret.

Pour autant, ce n’était pas une solitaire. Elle avait des amis qu’elle chérissait. Ils habitaient eux aussi dans des grottes plus ou moins éloignées. Ils se faisaient parfois des visites, passaient de très bons moments de partage ensemble, puis repartaient chacun dans leur abris.

Amélia passait son temps à regarder le ciel, les fleurs et les arbres, lire, marcher et courir…

Les choses simples lui plaisaient et elle grandissait doucement.

Cependant, Amélia commençait à se sentir seule de plus en plus souvent car ses amis vivaient

loin et elle aurait eu besoin de les voir plus souvent.

Un jour, elle sortit à l’entrée de sa grotte et aperçut une ombre au loin. Quelque chose qu’elle ne connaissait pas du tout approchait, éblouissante, dans la clarté du soleil levant.

Cette chose avait la forme d’un chien. Amélia adorait les chiens et ne fuit donc pas. Le chien approchant, Amélia reconnut finalement un loup. Elle eut un mouvement de recul car elle les connaissaient bien ces bêtes et avait choisi de ne jamais s’en approcher. Ils étaient trop féroces et lui faisaient peur. Mais celui-ci était différent. C’était un loup blanc, majestueux, lumineux. Amélia resta figée un instant, fascinée par cet être merveilleux qui se tenait devant elle.

Elle lui tendit la main, il la lui lécha. Ils se regardèrent longtemps dans les yeux et Amélia sentit que ce loup était providentiel et qu’il était là pour apporter un grand changement dans sa vie. Il ne pouvait en être autrement car les loups blancs sont rares.

Au départ le loup venait tous les jours saluer Amélia. Ils jouaient un peu ensemble, puis se câlinaient. Amélia offrait des petits cadeaux : morceaux de viandes, eau bien fraîche de la source de sa grotte, jolies petites histoires. Le loup n’échangeait rien. Un loup ça ne parle pas, ça n’offre pas de cadeau. Mais ce n’était pas grave, sa seule présence était un émerveillement pour Amélia et c’était déjà un beau cadeau car elle ne se sentait plus seule.

Pour remerciement, il jappait gaiement ou grognait doucement. En partant, il poussait un beau hurlement rien que pour Amélia.

Mais un matin. Amélia se réveilla et découvrit le loup allongé dans un coin de sa grotte.

Elle fut un peu effrayée, d’autant qu’elle ne l’avait pas invité à entrer. Mais pourquoi pas. Elle accepta qu’il reste.

Sauf que le loup changea totalement une fois bien installé.

Il ne s’occupait plus d’Amélia, exigeait quotidiennement sa viande et son eau. Il urina partout pour que plus personne ne rentre dans la grotte, ne regardait plus Amélia de la même manière. Il restait loin, la fixait toute la journée, allongé, d’un air hautain.

Amélia n’osait plus sortir. Elle ne regardait plus le ciel ni les fleurs, ne lisait plus non plus. Elle ne voyait plus ses amis et n’arrivait même plus à penser à eux. Elle restait là dans sa grotte toute la journée, ne voyant plus la lumière du jour. L’odeur du loup l’imprégnait de plus en plus.

Mais elle l’aimait ce loup et n’osait pas le contrarier. Elle faisait tout pour lui faire plaisir. Jamais rien n’était assez bien et il ne lui offrait plus aucun jappement, ni caresse ; seulement sa présence glaciale et quelques hurlements pour qu’on comprenne bien au dehors qu’Amélia lui appartenait.

Elle restait et peut-être qu’elle resterait toujours. Pourquoi pas ? D’autres font ainsi.

Mais Amélia fit un rêve une nuit. Elle courrait dans l’herbe fraîche en compagnie de ses amis. Le ciel était bleu, les fleurs tapissaient le sol et elle riait.

Lorsqu’elle se réveilla, sourire aux lèvres, la grotte sombre et l’odeur du loup la répugnèrent. Elle ne pouvait vivre un instant de plus de cette manière et elle le savait, comme une révélation.

Elle décida de chasser le loup de ces lieux. Elle avait très peur de sa réaction mais c’était décidé, il devait partir.

Elle s’approcha avec la frayeur qu’il grogne fort sur elle, qu’il la morde même.

Elle ne le prévint même pas, l’attrapa par la peau du cou d’une main et celle du dos de l’autre. Le loup grogna fort effectivement mais Amélia n’avait plus peur.

Tant pis s’il la mordait. Ce qu’il ne fit pas finalement, pris par surprise. Comment en effet, cette petite fille si docile et si timide et douce pouvait le sortir de sa grotte, de sa vie.

Le loup ne parlait pas mais la petite fille savait que c’était ce qu’il pensait.

«  Comme ça ! » cria-t-elle en jetant ce beau loup blanc dehors en le soulevant presque de colère.

Le loup ne partit pas tout de suite. Il resta devant la grotte un bon moment, sans rien dire, au cas où Amélia change d’avis. Mais elle n’en fit rien. Elle lava sa grotte à grande eau, y posa des fleurs, quelques éclairages. Elle se mit même à écrire des phrases aux murs et quelques dessins et peintures pour l’en imprégner de sa trace à elle.

Bien sûr, elle y plaça un dessin du loup. Juste pour se rappeler. Puis elle se lava plusieurs fois, histoire de bien faire disparaître l’odeur de ce monstre.

Quand elle sortit enfin de sa grotte, le loup n’y était plus. Il avait rejoint son terrier, sa forêt ou bien avait conquis le cœur d’une autre jeune fille. Peu importait.

Elle alla voir ses amis, s’excusa de sa longue absence. Elle recommença à regarder les fleurs et le ciel sauf qu’elle gardait toujours un carnet et un crayon avec elle pour fixer ses beaux instants.

Elle écrivit des histoires dont celle d’une jeune fille et d’un loup, parce qu’elle voulait que d’autres jeunes filles comme elle apprennent et rêvent aussi.

Et elle voulait absolument qu’elles sachent entre autre qu’un loup, même blanc, même lumineux, même très beau, reste un loup !

Dodo (5 – 6 juillet 2014)

Photo tirée du film : « Survivre avec les loups ».