La jeune fille et le loup blanc

loup blanc

Il y a des amours ou des amitiés légèrement envahissantes…

Il était une fois une jeune fille qui vivait seule dans une grotte. Elle s’appelait Amélia.

Amélia était douce et gentille. Elle aimait la solitude et cultiver son petit jardin secret.

Pour autant, ce n’était pas une solitaire. Elle avait des amis qu’elle chérissait. Ils habitaient eux aussi dans des grottes plus ou moins éloignées. Ils se faisaient parfois des visites, passaient de très bons moments de partage ensemble, puis repartaient chacun dans leur abris.

Amélia passait son temps à regarder le ciel, les fleurs et les arbres, lire, marcher et courir…

Les choses simples lui plaisaient et elle grandissait doucement.

Cependant, Amélia commençait à se sentir seule de plus en plus souvent car ses amis vivaient

loin et elle aurait eu besoin de les voir plus souvent.

Un jour, elle sortit à l’entrée de sa grotte et aperçut une ombre au loin. Quelque chose qu’elle ne connaissait pas du tout approchait, éblouissante, dans la clarté du soleil levant.

Cette chose avait la forme d’un chien. Amélia adorait les chiens et ne fuit donc pas. Le chien approchant, Amélia reconnut finalement un loup. Elle eut un mouvement de recul car elle les connaissaient bien ces bêtes et avait choisi de ne jamais s’en approcher. Ils étaient trop féroces et lui faisaient peur. Mais celui-ci était différent. C’était un loup blanc, majestueux, lumineux. Amélia resta figée un instant, fascinée par cet être merveilleux qui se tenait devant elle.

Elle lui tendit la main, il la lui lécha. Ils se regardèrent longtemps dans les yeux et Amélia sentit que ce loup était providentiel et qu’il était là pour apporter un grand changement dans sa vie. Il ne pouvait en être autrement car les loups blancs sont rares.

Au départ le loup venait tous les jours saluer Amélia. Ils jouaient un peu ensemble, puis se câlinaient. Amélia offrait des petits cadeaux : morceaux de viandes, eau bien fraîche de la source de sa grotte, jolies petites histoires. Le loup n’échangeait rien. Un loup ça ne parle pas, ça n’offre pas de cadeau. Mais ce n’était pas grave, sa seule présence était un émerveillement pour Amélia et c’était déjà un beau cadeau car elle ne se sentait plus seule.

Pour remerciement, il jappait gaiement ou grognait doucement. En partant, il poussait un beau hurlement rien que pour Amélia.

Mais un matin. Amélia se réveilla et découvrit le loup allongé dans un coin de sa grotte.

Elle fut un peu effrayée, d’autant qu’elle ne l’avait pas invité à entrer. Mais pourquoi pas. Elle accepta qu’il reste.

Sauf que le loup changea totalement une fois bien installé.

Il ne s’occupait plus d’Amélia, exigeait quotidiennement sa viande et son eau. Il urina partout pour que plus personne ne rentre dans la grotte, ne regardait plus Amélia de la même manière. Il restait loin, la fixait toute la journée, allongé, d’un air hautain.

Amélia n’osait plus sortir. Elle ne regardait plus le ciel ni les fleurs, ne lisait plus non plus. Elle ne voyait plus ses amis et n’arrivait même plus à penser à eux. Elle restait là dans sa grotte toute la journée, ne voyant plus la lumière du jour. L’odeur du loup l’imprégnait de plus en plus.

Mais elle l’aimait ce loup et n’osait pas le contrarier. Elle faisait tout pour lui faire plaisir. Jamais rien n’était assez bien et il ne lui offrait plus aucun jappement, ni caresse ; seulement sa présence glaciale et quelques hurlements pour qu’on comprenne bien au dehors qu’Amélia lui appartenait.

Elle restait et peut-être qu’elle resterait toujours. Pourquoi pas ? D’autres font ainsi.

Mais Amélia fit un rêve une nuit. Elle courrait dans l’herbe fraîche en compagnie de ses amis. Le ciel était bleu, les fleurs tapissaient le sol et elle riait.

Lorsqu’elle se réveilla, sourire aux lèvres, la grotte sombre et l’odeur du loup la répugnèrent. Elle ne pouvait vivre un instant de plus de cette manière et elle le savait, comme une révélation.

Elle décida de chasser le loup de ces lieux. Elle avait très peur de sa réaction mais c’était décidé, il devait partir.

Elle s’approcha avec la frayeur qu’il grogne fort sur elle, qu’il la morde même.

Elle ne le prévint même pas, l’attrapa par la peau du cou d’une main et celle du dos de l’autre. Le loup grogna fort effectivement mais Amélia n’avait plus peur.

Tant pis s’il la mordait. Ce qu’il ne fit pas finalement, pris par surprise. Comment en effet, cette petite fille si docile et si timide et douce pouvait le sortir de sa grotte, de sa vie.

Le loup ne parlait pas mais la petite fille savait que c’était ce qu’il pensait.

«  Comme ça ! » cria-t-elle en jetant ce beau loup blanc dehors en le soulevant presque de colère.

Le loup ne partit pas tout de suite. Il resta devant la grotte un bon moment, sans rien dire, au cas où Amélia change d’avis. Mais elle n’en fit rien. Elle lava sa grotte à grande eau, y posa des fleurs, quelques éclairages. Elle se mit même à écrire des phrases aux murs et quelques dessins et peintures pour l’en imprégner de sa trace à elle.

Bien sûr, elle y plaça un dessin du loup. Juste pour se rappeler. Puis elle se lava plusieurs fois, histoire de bien faire disparaître l’odeur de ce monstre.

Quand elle sortit enfin de sa grotte, le loup n’y était plus. Il avait rejoint son terrier, sa forêt ou bien avait conquis le cœur d’une autre jeune fille. Peu importait.

Elle alla voir ses amis, s’excusa de sa longue absence. Elle recommença à regarder les fleurs et le ciel sauf qu’elle gardait toujours un carnet et un crayon avec elle pour fixer ses beaux instants.

Elle écrivit des histoires dont celle d’une jeune fille et d’un loup, parce qu’elle voulait que d’autres jeunes filles comme elle apprennent et rêvent aussi.

Et elle voulait absolument qu’elles sachent entre autre qu’un loup, même blanc, même lumineux, même très beau, reste un loup !

Dodo (5 – 6 juillet 2014)

Photo tirée du film : « Survivre avec les loups ».