Le plus beau des métiers

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Il est huit heures trente, la sonnerie retentit.

Le soleil va tourner sans aucun ralenti.

Têtes blondes bien fraîches ou encore endormies,

Sortent stylos, crayons et cahiers, c’est parti.

Mathématiques, grammaire, calculs et lecture,

Les mains s’appliquent pour faire de belles écritures.

Dix heures quinze, sonne une pause bien méritée ;

Des rires, des jeux mais aussi quelques blessés.

Pour les maîtresses, une bonne tasse de café

Accompagnée de quelques histoires éthérées.

A midi, réunions, corrections, collations,

Entrecoupés des rires d’une grande collusion.

Seize heures trente est le temps de dire « au revoir »,

Les enfants rejoignent leurs parents, l’œil hagard.

Je me retrouve seule dans ma salle, non, un carnage !

Les murs transpirent encore quelques bavardages.

Il en émane les effluves des esprits nourris

Et la chaleur des beaux instants passés, unis.

J’entends encore jouer, dans la cour, des chimères.

C’est le moment de la journée que je préfère.

Ce métier chronophage, je ne l’ai pas choisi

Mais pour l’instant, je vous avoue, j’en suis ravie.

Dodo (28 septembre 2015)

 

à la manière de Racine

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Dans la fleur de l’âge…

Rose-jaune-givree

 

Brillant d’un jaune iridescent défiant le soleil,

Elle était prête à déployer ses ailes en éveil.

Tel le papillon, elle savait, chétive chose,

Qu’après une période de métamorphose

Dans sa petite et solide coque de velours,

Elle allait voler sur le chemin des beaux jours.

 

Elle voulait simplement et orgueilleusement

Offrir un peu de beauté à ce monde ouragan,

Un peu de beauté et tous ses effluves charmants

Qui auraient enchanté toute âme l’approchant.

Oui, elle aurait porté des fragrances ardentes,

Aurait chavirer les têtes de bien des passantes.

 

Mais demoiselle ne savait pas le temps assassin

Qui fait fi des belles de jour et trancha son destin.

Il lui fit croire qu’elle était au cœur du printemps,

Puis lui asséna, en grand traître, un coup méchant :

La bise et le gel qui pétrifient les jardins,

L’aquilon qui fauche la vie sans aucun chagrin.

 

Elle fait aujourd’hui de la peine, la jeune rose,

À peine réveillée, en robe de corolle éclose.

Elle agonise, recouverte du givre qui la brûle

Peu à peu, et ses pétales dorés capitulent.

Dans un dernier effroi, petite fleur se fige,

Une larme d’amertume courant sa tige.

 

Dodo

*

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L’hiver vient

Fin-d-automne

Dame Automne achève les dernières feuilles

Qui plient sous la verve des bourrasques glacées

Et s’envolent ajourer les tapis ambrés

Accrochés au bitume avec force et orgueil.

*

Le soleil s’écaille de ses rayons canailles.

Le jour se fait plus court mais il se fait or,

La lumière semble vouloir se battre encor

En un ultime éclat avant la grisaille.

*

Dans les jardins, le chant réjoui des rossignols

Ne danse plus avec les effluves fleuris

Et, parterre, les bourdons se fanent, rabougris,

Clouant les doux souvenirs de l’été au sol.

*

L’hiver vient, dans son manteau de mélancolie.

Il est là, rude et patient, derrière la porte

Avec, dans les poches, silence et froid en cohorte

Pour suspendre le temps en un sommeil alangui.

Dodo©

 

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Treize ans

bijou coeur

Tu as bâti autour de toi un mur en filigrane de verre,

Un monde solitaire en ciselures de chair ;

Enfermée dans ta chambre, asile délétère

Où tu aimes retrouver tes océans de colère.

*

Figée dans la honte des changements de ton corps

Et dans celle de tout ce que ton esprit taraude,

Des rivières d’émois inondent tes deux émeraudes

Et la marque du poinçon de l’amer lancine ton cœur.

*

Accepte le long travail du temps lapidaire

Qui façonne les cailloux en joyaux à chérir.

Ton âme est un diamant brut qu’il faudrait polir,

Toi et Moi, unies, sommes capable de le faire.

*

«  La perle est sans valeur dans sa propre coquille ».

Sertis ton futur d’un courage adamantin,

Montre à la vie ce qui se cache dans ce pâle écrin ;

Ouvre la porte et aime-la… Tu es belle ma fille.

Dodo© (25 septembre)

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Et l’automne me rappelle…

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Une feuille emportée par le vent,

A frôlé mon oreille doucement

Et rappelé en confidence

La folle douleur de ton absence.

 

Elle s’est posée près de mon pied

Légère et douce comme une plume

Et je l’ai vite ramassée

Avant que ne la ruine le bitume

 

Puis s’est effritée sous mes doigts

En froissement de papier de soie ;

Fine poussière de dentelle

Que la brise a prise sous ses ailes.

 

Ces petits papillons en vrac

Se sont envolés sous mes yeux

Et ont posé sur une flaque

Des ondes aux murmures d’adieux.

 

Dodo (22 – 23 septembre) ©

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A la dérive

Théodore Géricault
Théodore Géricault

 

Sur le radeau à la dérive

 

Mes lèvres sont des cristaux de sel immaculés.

Mon corps semble pétrifié par un froid médusant.

Les yeux fermés dans une conscience altérée,

Ma tête suit la valse inlassable des flots piquants.

 

Mes oreilles sont saturées de cris et de pleurs,

De prières levées vers un dôme foudroyant.

Seuls, nous sommes seuls et pendant que je me meurs,

Mon âme implore miséricorde au Tout Puissant.

 

Lucifer a envoyé ses démons d’écumes

Depuis les abysses d’un océan infernal,

Nous tirer dans un gouffre de leurs mains spectrales.

 

Sur ce radeau à la dérive, semblable aux limbes,

Nous attendons les saints aux têtes cerclées de nimbes ;

Qu’ils viennent nous délivrer du mal qui nous consume.

 

Dodo

 
(19 – 20 mars 2014)

Seule (Ode à la montagne)

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Dans le silence blanc de la montagne

Je savoure la pleine conscience qui me gagne.

Allongée dans ce lit soyeux de taffetas

Ma tête est lourde et vide de tout tracas.

 

Les flocons virevoltant tombent sur mon corps assouvi.

Ces petits cristaux blanchissent la plaine et mon cœur.

Ils recouvrent silencieusement les turpitudes de ma vie

Et me laisse abandonnée de toutes ces néfastes rancœurs.

 

Envolés les sentiments nourris de mensonges,

Ici, toutes les mondanités s’oublient très vite,

Ne laissant place qu’aux mystérieux songes

Que l’onirique Mère Nature offre à qui médite.

 

Les yeux rivés sur l’imposante forêt vivante,

Je scrute les sapins dont la cime côtoie les cieux.

Demeurant impassibles face aux vents impétueux,

Ils ne plient pas sous le poids de la neige pesante.

 

Leur force face aux ancestraux tourments qui les assaillent

Est à ce point admirable qu’ils semblent remplis de failles.

Mais c’est ensemble qu’ils combattent le géant Aquilon.

C’est ensemble qu’ils ont grandi et qu’ils mourront.

 

Cette nature séculaire est bonne enseignante :

Elle apprend la petitesse de notre chère entité,

Elle apprend la petitesse de nos intimes regrets.

Il suffit de fermer les yeux et de l’écouter professer.

 

Fermez les yeux et écoutez…

 

Dodo