L’homme de sable

Using Imageworks' proprietary Sandstorm software and their own lighting program, Katana, the final image is lit and sand particles are added to integrate the digital character into a photographic plate.

Il se croit roc, il est de sable

Fluide, éparpillé, malléable.

Il est enfant impressionnable

Dans un corps de géant, instable.

Il marche au gré de ses déserts,

Parsemant sa folie en grain

Sur le sol sec et délétère

Qu’il engendre sur son chemin.

Perdu dans cette immensité

Conviant sans cesse au virtuel,

Il se sent seul, abandonné

Et son être tari craquelle.

Les yeux ladres, levés sur un ciel

Pourvu de fantasques mirages,

Il a oublié l’essentiel

Et s’est caché dans une cage.

Il ne peut même plus pleurer

La solitude qui l’étreint ;

Ses larmes se sont asséchées

Quand il a souillé ses desseins.

Il pense savoir regarder

Mais il garde bien ses œillères,

Pour éviter de remarquer

Que son âme est déjà poussière.

A.Braguer (9 – 13 novembre 2016)

 

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Mama flamenca

flamenco

Mama flamenca

*

Elle claque sec des castagnettes et du pied

En falsetas qu’elle accompagne de pudeur,

Ecrase chaque jour sa peine avec fureur

Martelant le sol d’escobillas endiablées.

*

Pour conjurer la douleur de ses blessures,

Elle danse sa vie sur le parquet acajou

Et la voix afillà du chanteur andalou

Qui semble s’apitoyer sur ses fêlures.

*

Elle ne sourit pas sur scène, Mama flamenca

Mais effleure les aficionados de son âme

Et du peu de passion qui anime encore sa flamme ;

Leur offre ce qu’il reste d’elle : una bailora.

*

Ses rares sourires sont gardés à l’intérieur,

Comme un trésor qu’elle déverse au compte-goutte

Sur ses souvenirs, ces quelques fleurs en déroute

Qui parsèment la surface de son cœur.

 

A. Braguer (05-10/06/2016)

 

 

Aficionado: Utilisé uniquement pour le flamenco. Amateur, passionné

Afillá: Adjectif qualifiant la voix de certains chanteurs. Provient de El Filo, qui chantait avec une voix cassée. Expression propre au chant gitan.

Bailaor(a) Danseur ou danseuse de flamenco

 

Escobilla : série de talons-pointes qui dure longtemps.

 

Falseta : accord parfait avec la guitare

 

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Je suis un fantôme

Noyée

Je suis un fantôme lesté de brume, qui se noie

Dans les eaux gelées du grand lac de la solitude.

Seule, seule, seule, je me débats dans mes incertitudes

Et les passants sur la berge jamais ne me voient.

*

Maudite  par ce passé enchaîné à mes pieds,

Je coule et je coule jusques aux fonds de l’oubli.

Jusques aux fonds sombres, tristes et froids de l’oubli

Et mon âme flotte dans ces abîmes insensés.

*

Ici ne résonne qu’un silence chagrin

Et l’obscurité d’une nuit hantée de regrets.

Mon esprit y est condamné à divaguer

Sans jamais plus d’espoir de retrouver de matin.

*

Dodo (27- 28 septembre 2015)

 

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Dans la fleur de l’âge…

Rose-jaune-givree

 

Brillant d’un jaune iridescent défiant le soleil,

Elle était prête à déployer ses ailes en éveil.

Tel le papillon, elle savait, chétive chose,

Qu’après une période de métamorphose

Dans sa petite et solide coque de velours,

Elle allait voler sur le chemin des beaux jours.

 

Elle voulait simplement et orgueilleusement

Offrir un peu de beauté à ce monde ouragan,

Un peu de beauté et tous ses effluves charmants

Qui auraient enchanté toute âme l’approchant.

Oui, elle aurait porté des fragrances ardentes,

Aurait chavirer les têtes de bien des passantes.

 

Mais demoiselle ne savait pas le temps assassin

Qui fait fi des belles de jour et trancha son destin.

Il lui fit croire qu’elle était au cœur du printemps,

Puis lui asséna, en grand traître, un coup méchant :

La bise et le gel qui pétrifient les jardins,

L’aquilon qui fauche la vie sans aucun chagrin.

 

Elle fait aujourd’hui de la peine, la jeune rose,

À peine réveillée, en robe de corolle éclose.

Elle agonise, recouverte du givre qui la brûle

Peu à peu, et ses pétales dorés capitulent.

Dans un dernier effroi, petite fleur se fige,

Une larme d’amertume courant sa tige.

 

Dodo

*

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Seule (Ode à la montagne)

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Dans le silence blanc de la montagne

Je savoure la pleine conscience qui me gagne.

Allongée dans ce lit soyeux de taffetas

Ma tête est lourde et vide de tout tracas.

 

Les flocons virevoltant tombent sur mon corps assouvi.

Ces petits cristaux blanchissent la plaine et mon cœur.

Ils recouvrent silencieusement les turpitudes de ma vie

Et me laisse abandonnée de toutes ces néfastes rancœurs.

 

Envolés les sentiments nourris de mensonges,

Ici, toutes les mondanités s’oublient très vite,

Ne laissant place qu’aux mystérieux songes

Que l’onirique Mère Nature offre à qui médite.

 

Les yeux rivés sur l’imposante forêt vivante,

Je scrute les sapins dont la cime côtoie les cieux.

Demeurant impassibles face aux vents impétueux,

Ils ne plient pas sous le poids de la neige pesante.

 

Leur force face aux ancestraux tourments qui les assaillent

Est à ce point admirable qu’ils semblent remplis de failles.

Mais c’est ensemble qu’ils combattent le géant Aquilon.

C’est ensemble qu’ils ont grandi et qu’ils mourront.

 

Cette nature séculaire est bonne enseignante :

Elle apprend la petitesse de notre chère entité,

Elle apprend la petitesse de nos intimes regrets.

Il suffit de fermer les yeux et de l’écouter professer.

 

Fermez les yeux et écoutez…

 

Dodo