Levée du bon pied!

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Un matin, la chaussure gauche et la chaussure droite d’une dame conversent en faisant les cent pas:

  • Ouh ! Je me sens pas très bien ce matin, on ne peut pas dire que ce soit le pied !
  • Oh oui dis-donc, tu n’as pas l’air dans ton assiette, je te trouve mauvaise mine.
  • Ah tu trouves aussi ? Je sens que je vais botter en touche aujourd’hui, me faire discret, si ça ne te dérange pas. Va pas falloir me casser les pieds !
  • Oh ! Oh ! Monsieur est de mauvaise humeur, je ne t’ai jamais vu ainsi. Tu t’es levé du pied gauche ce matin ? Tu as mal dormi cette nuit ?
  • Ah très drôle pour un pied droit ! J’aime bien, tu fais de l’esprit ! Par contre toi, tu es étrangement de bonne humeur ! A vrai dire tu n’es pas du tout comme d’habitude. Je te trouve bien pimpante aujourd’hui. Qu’est ce que tu me caches ? Tu vois une autre chaussure ?
  • Non, pas plus que cela. En fait je me sens bien, comme tous les jours. C’est toi qui es étrange en fait. Tu es bien terne et vieux jeu d’un coup. Je ne veux pas mettre les pieds dans le plat mais qu’est ce qui t’arrive ?
  • Bon assez, je trouve que cette conversation tourne en rond et je pense qu’on va changer de sujet si tu le veux bien parce que ça commence à m’énerver !
  • Oh là là ! Cette façon de couper l’herbe sous le pied, c’est agaçant ! Je ne te demande pas de me cirer les bottes mais tu pourrais faire un effort. Je ne te reconnais plus mais ne crois pas que je vais me laisser marcher sur les pieds ainsi !
  • Arrête de me parler alors, je ne vais pas faire des pieds et des mains pour faire plaisir à madaaaame et c’est tout! Je ne suis jamais d’humeur, comme tous les jours, tu devrais le savoir maintenant.
  • Jamais d’humeur ? C’est nouveau ça. Toi qui danses toute la journée ton bonheur d’avoir été enfin acheté ? Je ne sais plus sur quel pied danser moi, je jette l’éponge. Tu as raison, il vaut mieux rester muets pour aujourd’hui, cela ira peut-être mieux demain. (bouh, il est con comme ses pieds aujourd’hui !)
  • Comment ça d’avoir été acheté, cela fait une éternité que je suis utilisé, regarde comme je suis usé, je ne marche plus, je piétine. J’ai presque un pied dans la tombe. Toi par contre tu me sembles bien neuve, colorée, fraîche. Je sens que je ne t’arrive même à la cheville
  • Oh mon dieu tu as raison ! Il n’y a quelque chose qui ne va pas !

 

Un jeune homme s’approche de la dame et s’ose à lui dire :

« Je suis désolé madame de vous mettre au pied du mur, mais je crois que vous n’avez pas mis les deux mêmes chaussures aujourd’hui ».

Dodo ©

 

27 septembre – 3 octobre 2014

 

Et l’automne me rappelle…

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Une feuille emportée par le vent,

A frôlé mon oreille doucement

Et rappelé en confidence

La folle douleur de ton absence.

 

Elle s’est posée près de mon pied

Légère et douce comme une plume

Et je l’ai vite ramassée

Avant que ne la ruine le bitume

 

Puis s’est effritée sous mes doigts

En froissement de papier de soie ;

Fine poussière de dentelle

Que la brise a prise sous ses ailes.

 

Ces petits papillons en vrac

Se sont envolés sous mes yeux

Et ont posé sur une flaque

Des ondes aux murmures d’adieux.

 

Dodo (22 – 23 septembre) ©

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Avant l’aurore

 

 

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La nuit chaude et moite de l’été se meurt une fois de plus dans l’aube du jour naissant.

Le ciel pur étoilé laisse place à une blancheur crémeuse.

Le dernier point stellaire se bat vainement contre les premières lueurs du grand astre.

Le chant des passeri accompagne ce moment éphémère dans une cacophonie joyeuse : la vie continue inexorablement.

 

Un air frais comme l’eau d’un ruisseau vient caresser mes bras et mes jambes nues.

Les fleurs ne sont pas alourdies par la rosée et semblent frétiller dans la brise qui les chatouille.

L’odeur d’herbe sèche cache quelques effluves de fleurs sauvages

Que l’on devine à peine à peine juste en fermant les yeux.

 

Dans l’arbre près de moi, un geai s’évertue à me crier que ce jour sera beau.

Il a compris que j’étais heureuse : j’écris à nouveau.

 

Le temps d’écrire ces quelques lignes et le ciel vire au rose et à l’azur.

Les avions dans le ciel sont des étoiles courantes aux traînées saumon.

Les oiseaux sont moins bavards, des pies chahutent.

Le petit mage de l’arbre m’a quitté sans que je ne m’en aperçoive.

 

L’aube n’est qu’un moment furtif qui fuit sans crier gare.

Un moment unique où le temps est suspendu.

Un interlude dans le grand spectacle de la vie.

The show must go on…

 

Dodo

(08/07/2015)

 

sources de l’image :

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La jeune fille et le loup blanc

loup blanc

Il y a des amours ou des amitiés légèrement envahissantes…

Il était une fois une jeune fille qui vivait seule dans une grotte. Elle s’appelait Amélia.

Amélia était douce et gentille. Elle aimait la solitude et cultiver son petit jardin secret.

Pour autant, ce n’était pas une solitaire. Elle avait des amis qu’elle chérissait. Ils habitaient eux aussi dans des grottes plus ou moins éloignées. Ils se faisaient parfois des visites, passaient de très bons moments de partage ensemble, puis repartaient chacun dans leur abris.

Amélia passait son temps à regarder le ciel, les fleurs et les arbres, lire, marcher et courir…

Les choses simples lui plaisaient et elle grandissait doucement.

Cependant, Amélia commençait à se sentir seule de plus en plus souvent car ses amis vivaient

loin et elle aurait eu besoin de les voir plus souvent.

Un jour, elle sortit à l’entrée de sa grotte et aperçut une ombre au loin. Quelque chose qu’elle ne connaissait pas du tout approchait, éblouissante, dans la clarté du soleil levant.

Cette chose avait la forme d’un chien. Amélia adorait les chiens et ne fuit donc pas. Le chien approchant, Amélia reconnut finalement un loup. Elle eut un mouvement de recul car elle les connaissaient bien ces bêtes et avait choisi de ne jamais s’en approcher. Ils étaient trop féroces et lui faisaient peur. Mais celui-ci était différent. C’était un loup blanc, majestueux, lumineux. Amélia resta figée un instant, fascinée par cet être merveilleux qui se tenait devant elle.

Elle lui tendit la main, il la lui lécha. Ils se regardèrent longtemps dans les yeux et Amélia sentit que ce loup était providentiel et qu’il était là pour apporter un grand changement dans sa vie. Il ne pouvait en être autrement car les loups blancs sont rares.

Au départ le loup venait tous les jours saluer Amélia. Ils jouaient un peu ensemble, puis se câlinaient. Amélia offrait des petits cadeaux : morceaux de viandes, eau bien fraîche de la source de sa grotte, jolies petites histoires. Le loup n’échangeait rien. Un loup ça ne parle pas, ça n’offre pas de cadeau. Mais ce n’était pas grave, sa seule présence était un émerveillement pour Amélia et c’était déjà un beau cadeau car elle ne se sentait plus seule.

Pour remerciement, il jappait gaiement ou grognait doucement. En partant, il poussait un beau hurlement rien que pour Amélia.

Mais un matin. Amélia se réveilla et découvrit le loup allongé dans un coin de sa grotte.

Elle fut un peu effrayée, d’autant qu’elle ne l’avait pas invité à entrer. Mais pourquoi pas. Elle accepta qu’il reste.

Sauf que le loup changea totalement une fois bien installé.

Il ne s’occupait plus d’Amélia, exigeait quotidiennement sa viande et son eau. Il urina partout pour que plus personne ne rentre dans la grotte, ne regardait plus Amélia de la même manière. Il restait loin, la fixait toute la journée, allongé, d’un air hautain.

Amélia n’osait plus sortir. Elle ne regardait plus le ciel ni les fleurs, ne lisait plus non plus. Elle ne voyait plus ses amis et n’arrivait même plus à penser à eux. Elle restait là dans sa grotte toute la journée, ne voyant plus la lumière du jour. L’odeur du loup l’imprégnait de plus en plus.

Mais elle l’aimait ce loup et n’osait pas le contrarier. Elle faisait tout pour lui faire plaisir. Jamais rien n’était assez bien et il ne lui offrait plus aucun jappement, ni caresse ; seulement sa présence glaciale et quelques hurlements pour qu’on comprenne bien au dehors qu’Amélia lui appartenait.

Elle restait et peut-être qu’elle resterait toujours. Pourquoi pas ? D’autres font ainsi.

Mais Amélia fit un rêve une nuit. Elle courrait dans l’herbe fraîche en compagnie de ses amis. Le ciel était bleu, les fleurs tapissaient le sol et elle riait.

Lorsqu’elle se réveilla, sourire aux lèvres, la grotte sombre et l’odeur du loup la répugnèrent. Elle ne pouvait vivre un instant de plus de cette manière et elle le savait, comme une révélation.

Elle décida de chasser le loup de ces lieux. Elle avait très peur de sa réaction mais c’était décidé, il devait partir.

Elle s’approcha avec la frayeur qu’il grogne fort sur elle, qu’il la morde même.

Elle ne le prévint même pas, l’attrapa par la peau du cou d’une main et celle du dos de l’autre. Le loup grogna fort effectivement mais Amélia n’avait plus peur.

Tant pis s’il la mordait. Ce qu’il ne fit pas finalement, pris par surprise. Comment en effet, cette petite fille si docile et si timide et douce pouvait le sortir de sa grotte, de sa vie.

Le loup ne parlait pas mais la petite fille savait que c’était ce qu’il pensait.

«  Comme ça ! » cria-t-elle en jetant ce beau loup blanc dehors en le soulevant presque de colère.

Le loup ne partit pas tout de suite. Il resta devant la grotte un bon moment, sans rien dire, au cas où Amélia change d’avis. Mais elle n’en fit rien. Elle lava sa grotte à grande eau, y posa des fleurs, quelques éclairages. Elle se mit même à écrire des phrases aux murs et quelques dessins et peintures pour l’en imprégner de sa trace à elle.

Bien sûr, elle y plaça un dessin du loup. Juste pour se rappeler. Puis elle se lava plusieurs fois, histoire de bien faire disparaître l’odeur de ce monstre.

Quand elle sortit enfin de sa grotte, le loup n’y était plus. Il avait rejoint son terrier, sa forêt ou bien avait conquis le cœur d’une autre jeune fille. Peu importait.

Elle alla voir ses amis, s’excusa de sa longue absence. Elle recommença à regarder les fleurs et le ciel sauf qu’elle gardait toujours un carnet et un crayon avec elle pour fixer ses beaux instants.

Elle écrivit des histoires dont celle d’une jeune fille et d’un loup, parce qu’elle voulait que d’autres jeunes filles comme elle apprennent et rêvent aussi.

Et elle voulait absolument qu’elles sachent entre autre qu’un loup, même blanc, même lumineux, même très beau, reste un loup !

Dodo (5 – 6 juillet 2014)

Photo tirée du film : « Survivre avec les loups ».

 

Et après…

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J’aime me retrouver ici. Assise contre cet arbre, le visage offert au Soleil qui me réchauffe l’âme. En ce moment, c’est l’endroit où j’aime être le plus au monde. Après ce qui s’est passé…

J’erre dans cette forêt à longueur de journée. Mes parents ne le savent pas mais cela fait un moment que je ne vais plus au collège. Le matin, je fais semblant de me lever, de me préparer, de dire au revoir et de partir. De toute façon, ils ne remarquent rien. Ils ont l’air de s’en foutre royalement, ils sombrent dans une routine vide, accablée de sourires de convenance. Je serais invisible ou morte, ce serait pareil. D’ailleurs ce serait tellement plus simple…

J’ai toujours aimé cette forêt. Elle est habillée de pins maritimes qui exhalent un parfum de résine douce et de chênes forts comme la terre et le ciel réunis. J’aime toucher leurs écorces rugueuses qui massent la paume de mes mains. J’aime aussi sentir les hautes herbes me caresser les jambes à travers mes jeans. Ici, seuls le chant des oiseaux et le bruissement des arbres me tiennent compagnie. Et ça me va.

Alors je passe mes journées à marcher, à m’étendre sur des coins d’herbe tendre, la tête tournée vers le ciel, qu’il fasse beau ou qu’il pleuve.
J’ai même l’impression de ne plus rien sentir. Ni le froid, ni la chaleur ou les gouttes d’eau qui ruissellent sur mon visage. Je suis une statue de marbre couchée sur le sol et mon regard se perd en vertige dans les profondeurs du ciel. Je ne pense plus. Si je réfléchis et pense à tout ce qui s’est passé, je vais devenir folle. Non, tout ça n’est pas arrivé.

Vous devez vous dire : elle devrait être au collège au lieu de rêvasser toute la journée, ce n’est pas comme ça que l’on bâtit son avenir. Combien de temps encore cela va-t-il durer ?
Oui, c’est aussi ce que je devrais me dire pour avoir la force de continuer. Mais je n’y arrive pas. Je n’en ai vraiment rien à faire ! Je suis en paix ainsi et je ne veux plus rien d’autre pour l’instant.
Les copines me manquent un peu, ainsi que Jérémie, mais j’ai besoin d’être seule. Et puis je ne veux pas tomber sur l’autre…
J’ai encore trop mal.

Parfois, je croise des promeneurs. Je suis surprise qu’ils ne me demandent pas ce que je fabrique seule ici, ils ne m’accordent même pas un regard. Et puis finalement mon esprit se ravise. Qu’en auraient-ils à faire d’une gamine aussi morne et banale que moi ? Je ne me perds même plus en bonjours souriants puisqu’ils ne me répondent jamais. Tant qu’à être invisible…

J’aime à me retrouver ici. Assise contre cet arbre, le visage offert au Soleil qui me réchauffe l’âme, je disais. J’y passe des heures car il n’y a qu’à cet endroit que je sens un semblant d’amour de l’univers pour ma petite personne.
J’invente un tunnel rempli de lumière depuis lequel résonne une voix chaude qui m’appelle vers un monde bien plus beau où je me sentirais enfin aimée et en paix. Je l’imagine et il apparaît dans le ciel, pas si loin, je pourrais presque le toucher du bout des doigts. Dommage que mon imagination soit aussi fertile et que ce tunnel, ce monde, ne soient pas vrais.

Dommage aussi qu’à chaque fois, cette vision se poursuit par une autre… Le ciel s’assombrit et « il » se tient là, à côté de moi. Je l’ai souvent croisé dans la rue et dans la forêt et il me fait un peu peur. Je sens ses mains qui commencent à toucher les miennes, remonter mon épaule comme un serpent qui glisse le long d’une branche. Un serpent visqueux et sournois. Je sens alors les poils se hérisser sur chaque parcelle de ma peau et un frisson violent parcourt mon dos et mes vertèbres dans une décharge électrique. Je sais ce qu’il veut. J’ai froid. Je suis complètement tétanisée quand il se met à caresser mes seins à travers mon pull, son regard vide sur le mien et la bouche hagarde. Il me fait peur, je sais que si je ne me laisse pas faire, il va me faire du mal, du vrai mal. Puis il m’allonge sans voir que je pleure et que je tremble, les bras et les mains recroquevillées sur mon visage. Je crois qu’il n’entend même pas que je lui dis non, que je ne veux pas, que je le supplie. Il défait les boutons de mon jean. L’enlève violemment en emportant ma culotte avec. Ses yeux verts, brillants et grand ouverts en découvrant mon intimité me terrorisent et je sais déjà que je ne les oublierai jamais. Il baisse ensuite son jogging et je tourne la tête sur le côté avant de voir le reste. Il faut que je m’accroche à autre chose. Une petite araignée passe sur les feuilles mortes. Je la regarde, la vision floue. Puis je ferme les yeux et je pense à Jérémie, mes amies, mes parents. La douleur dans mon ventre. Dans ma tête. La tristesse. Son haleine froide dans mon cou. Le ciel gris. L’araignée. Les feuilles mortes. Le couteau invisible. La peur. Un cri étouffé. La douleur dans mon ventre, encore, encore, encore. La chaleur du sang qui coule.
Puis, plus rien. Le froid. Le noir. Le blanc. La colère…et puis retour à la réalité, morne, blême.

Cette vision est tellement forte qu’il faut que je hurle au ciel « NON » pour qu’elle s’échappe de mon esprit, de mon corps. Je suis tellement en colère que j’arrache les herbes et les feuilles des branches autour de moi. Je déchire l’écorce des arbres. Je veux qu’ils aient mal, qu’ils saignent avec moi. Et puis la colère redescend. Je me calme. Je me rappelle que cette vision n’en est pas une et qu’ « il » m’a arraché, volé ma jeunesse, mon insouciance et ma joie de vivre. Je suis triste et je reprends mon chemin en ne pensant plus à rien.

J’ai essayé de le dire à mes parents. Mais ils ne comprendraient pas pourquoi je n’ai pas essayé de me défendre plus…
Je crois qu’ils ont senti que j’étais différente.
Quand je suis rentrée et que j’ai vu le regard de ma mère sur le mien, elle a eu un air très surpris et puis elle a secoué la tête et baissé les yeux sur le sol.
Je ne sais pas pourquoi, mais je suis persuadée qu’ils le savent. Ils ne me regardent même plus. Je vois bien quand je rentre que ma mère a pleuré toute la journée. Je ne suis plus « sa petite fille ».
Ils errent eux aussi dans la maison. Plus personne ne se parle. Plus personne ne vient leur rendre visite.
Elle m’ignore mais a rempli sa chambre de mes photos. Elle regarde souvent les vidéos qu’elle faisait de moi petite. Je suis là derrière la porte mais elle préfère me voir en photo ou sur les vidéos… Ma chambre est nickel, le ménage est fait tous les jours comme pour essayer de laver l’affront. C’est pour cela que je sais qu’elle sait. J’aimerais tant qu’elle me prenne dans ses bras. J’aimerais tant l’embrasser, mais je ne peux pas !
Je crois que je suis destinée à errer dans ces bois à cause de cette honte, à errer dans ma triste vie, comme morte. Ah si je l’étais vraiment, tout serait plus simple…Mais, j’y pense ?

Tiens ! Une femme se promène avec son dogue argentin, elle a l’air sympathique. Je tente un bonjour. Non, elle ne me répond pas, ne lève même pas les yeux. Mais le chien, lui, me voit et tire sur la laisse pour venir quémander une caresse.
« Qu’est ce que tu as vu Cerbère ? Tout doux ! Il est fou ce chien. Calme-toi, il n’y a rien ici ».

Dodo
(16 – 20 mars)

A la dérive

Théodore Géricault
Théodore Géricault

 

Sur le radeau à la dérive

 

Mes lèvres sont des cristaux de sel immaculés.

Mon corps semble pétrifié par un froid médusant.

Les yeux fermés dans une conscience altérée,

Ma tête suit la valse inlassable des flots piquants.

 

Mes oreilles sont saturées de cris et de pleurs,

De prières levées vers un dôme foudroyant.

Seuls, nous sommes seuls et pendant que je me meurs,

Mon âme implore miséricorde au Tout Puissant.

 

Lucifer a envoyé ses démons d’écumes

Depuis les abysses d’un océan infernal,

Nous tirer dans un gouffre de leurs mains spectrales.

 

Sur ce radeau à la dérive, semblable aux limbes,

Nous attendons les saints aux têtes cerclées de nimbes ;

Qu’ils viennent nous délivrer du mal qui nous consume.

 

Dodo

 
(19 – 20 mars 2014)

Seule (Ode à la montagne)

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Dans le silence blanc de la montagne

Je savoure la pleine conscience qui me gagne.

Allongée dans ce lit soyeux de taffetas

Ma tête est lourde et vide de tout tracas.

 

Les flocons virevoltant tombent sur mon corps assouvi.

Ces petits cristaux blanchissent la plaine et mon cœur.

Ils recouvrent silencieusement les turpitudes de ma vie

Et me laisse abandonnée de toutes ces néfastes rancœurs.

 

Envolés les sentiments nourris de mensonges,

Ici, toutes les mondanités s’oublient très vite,

Ne laissant place qu’aux mystérieux songes

Que l’onirique Mère Nature offre à qui médite.

 

Les yeux rivés sur l’imposante forêt vivante,

Je scrute les sapins dont la cime côtoie les cieux.

Demeurant impassibles face aux vents impétueux,

Ils ne plient pas sous le poids de la neige pesante.

 

Leur force face aux ancestraux tourments qui les assaillent

Est à ce point admirable qu’ils semblent remplis de failles.

Mais c’est ensemble qu’ils combattent le géant Aquilon.

C’est ensemble qu’ils ont grandi et qu’ils mourront.

 

Cette nature séculaire est bonne enseignante :

Elle apprend la petitesse de notre chère entité,

Elle apprend la petitesse de nos intimes regrets.

Il suffit de fermer les yeux et de l’écouter professer.

 

Fermez les yeux et écoutez…

 

Dodo