Perdue dans la forêt…

forêt nuit

Réveillée plus par l’humidité sur ses épaules que les bruits animaux, elle ouvre difficilement les yeux puis s’assoit péniblement sur la couche de feuilles imbibée de rosée.

Un bras accoudé sur un genou et l’autre en béquille. Elle essaie de reprendre ses esprits. Où est-elle ? Que s’est-il passé ? Pourquoi se retrouve-t-elle ici ?

Les troncs des arbres filent droit vers le ciel. Au-dessus de leurs branches presque dénudées, le ciel est limpide et étoilé. La lune n’est pas visible mais la clarté de cette nuit montre sa pleine présence.

Une douleur vrille sa tête subitement. Par réflexe, elle pose sa main sur front et découvre qu’il est recouvert d’un liquide épais et poisseux. En y regardant bien sur sa main, la tâche brune lui laisse supposer qu’il s’agit de son sang. Elle a dû se cogner la tête en tombant et c’est certainement pour cela qu’elle a perdu connaissance.

Flash. Céline se voit en train de courir à travers un champ, puis des arbres, le cœur explosant dans la poitrine, la brûlure de l’air froid dans la gorge, la peur assaillant son esprit.

Elle a un frisson d’horreur. Les questions se bousculent dans sa tête mais elle se ressaisit vite car elle sait qu’elle est en danger. Elle réussit à se relever en s’aidant d’un tronc. Si seulement, il faisait jour, elle aurait un peu moins peur. Elle balaye d’un regard circulaire les alentours. Rien. Pourtant, elle sent des yeux sur elle, qui l’observent.

Dans quelle direction aller ? D’où vient-elle surtout ? Sa voiture ! Elle se souvient de l’avoir laissée au bord de la route. Perdue. Elle est perdue. Et elle ne se rappelle plus pourquoi elle est sortie, elle si prudente d’habitude, pourquoi a-t-elle pris peur et s’est enfuie vers la forêt au lieu de reprendre le volant ?

Elle voit quelques traces de pas dans la pénombre. Les siennes. Il faut rebrousser chemin. Mais prudemment car quelque chose lui dit qu’elle est en danger.

Deuxième flash. Céline voit des yeux jaunes la fixer froidement. Non, pas jaune, bleus – la vision est floue – des dents aussi et elles sont très blanches et pointues.

Elle entend un craquement à quelques mètres et son cœur se met à cogner fort, au bord de la rupture. Elle ne peut s’empêcher d’émettre un petit cri étouffé. La main sur sa bouche, elle se met à marcher rapidement tout en gardant un œil sur l’endroit du craquement. Deuxième bruit suspect : un froissement. Cette fois-ci, comme un vêtement qui caresse un arbre en le frôlant. Céline ne sait pas si ça vient d’elle ou non. La peur, ravageant son ventre puis sa tête, la fait se mettre à courir.

Les arbres défilent autour d’elle, ils se ressemblent tous. De grands hêtres accompagnent sa course folle vers une lumière humaine, n’importe laquelle ! Elle s’arrête un instant, à bout de souffle, pour se retourner. Rien derrière elle. Et pourtant, elle le sait, quelqu’un- ou quelque chose- la suit et lui veut du mal.

Elle manque bien des fois de tomber, ses pieds rencontrant des racines complices.

La forêt touche à sa fin et Céline aperçoit un grand champ derrière. Elle le reconnaît, c’est celui qu’elle a pris au départ. Un champ de blé.

Elle éprouve un semblant de soulagement, quand quelque chose agrippe son épaule. Elle hurle sans prendre le temps de se retourner et redouble de vitesse.

Eprouvée par la peur, elle est dans le champ quand elle reprend ses esprits. Le sien s’était envolé quelques instants, avec son cri, quelque part dans le ciel. Elle se retourne un instant et il lui semble voir une masse sombre, recourbée, la poursuivre et se déplacer à la même vitesse qu’elle.

Elle réoriente sa tête droit devant elle, l’image de la « bête » plantée dans tout son être.

On dirait un gros chien mais sa façon de se mouvoir est celle d’un singe.

Une lumière ! Au loin ! Non deux ! Ce sont les phares d’une voiture arrêtée.

Céline commence à pleurer. Elle espère que quelqu’un sera là et lance des appels  au secours. Pas de réponse. En se rapprochant, elle reconnaît le profil de cette voiture, c’est la sienne.

La portière du côté conducteur est ouverte et la loupiote intérieure de l’habitacle lui donne l’impression de ces petits éclairages dans les salles obscures où il est écrit « issue de secours ».

Un dernier effort à faire pour grimper le talus qui amène à la route et elle se retrouve dans sa voiture, elle ferme vite la porte et verrouille tout d’un clic centralisé.

Par chance, la clé est toujours sur le contacteur. Elle la tourne, la voiture broute.

– Non ! hurle-t-elle. Démarre !

Deuxième essai, la voiture se met à vibrer, elle ronronne, normalement. Céline se met à pleurer de plus belle. Elle appuie sur la pédale d’embrayage, enclenche la première et jette un dernier regard sur sa gauche, vers le champ. Rien. Pas une once de présence canine ou autre. Elle ne reste pas pour autant une seconde de plus et appuie sur l’accélérateur, créant un dérapage et une petite traînée noirâtre sur le bitume.

Elle éclate en sanglot tout en gardant les yeux sur la route, une sortie sur le bas-côté signerait sa fin. De temps en temps, elle jette un coup d’œil sur le rétroviseur pour vérifier que le monstre ne la poursuit pas.

Les champs disparaissent, Céline se calme. Elle se sent épuisée. Elle met la voiture en vitesse de croisière et prend le temps de regarder ses blessures.

Etrangement, elle n’a rien. Plus de coupure au front, ni sur les jambes. Il n’y a même pas de tâches sur sa jupe et son tee-shirt. Pas de boue sur ses chaussures non plus.

Céline commence à douter de l’existence de ce qu’elle vient de vivre. Elle prend soudain peur. Elle a certainement halluciné. Ce doute envahie son ventre, elle devient folle c’est ça ? Cette idée lui fait un effet terrible et elle se met à trembler. Et si elle se mettait à avoir ces visions tout le temps. Ce qu’elle a vécut… rêvé, avait été terrible et elle ne pourrait pas le supporter une deuxième fois. Son cœur non plus.

Elle a froid maintenant. Sa vision se trouble, il lui est difficile de garder l’œil sur la route.

Ses mains sont moites et leur tremblement les rend de plus en plus incontrôlables.

Elle pose ses yeux sur le rétroviseur et ce qu’elle y voit la glace instantanément.

Une masse informe et sombre est en train de la fixer de ses yeux : un œil jaune, l’autre bleu. Elle reste immobile un instant et puis ouvre agressivement sa gueule, laissant paraître de grandes dents pointues et blanches. Le cœur de Céline est sur le point d’exploser.

L’air n’entre plus dans sa gorge et sa poitrine.

Elle freine, ouvre la portière sur un grand champ de blé et se met à courir. Elle ne voit pas la hauteur du talus et tombe, le front claque sur un gros caillou. Elle se relève et continue de courir sans se rendre compte qu’un liquide chaud coule sur son arcade et sa joue…

Dodo©

(27 – 28 septembre 2015)

source de l’image = »http://arcus.a.r.pic.centerblog.net/o/4c0c7717.jpg »

 

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